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Introduction

Introduction

Le patrimoine, c’est potentiellement le monde.

Ces dernières années son domaine d’application s’est considérablement
élargi en préservant des espaces de plus en plus vastes et complexes.
La définition de ce qui est patrimonial s’est aussi transformée sous
l’effet de l’instabilité des cultures contemporaines.
L’exposition propose d’aborder ces évolutions en deux temps.
La première partie aiguillonnera, à l’aune d’autres cultures que la nôtre,
certaines idées reçues qui façonnent l’idée de patrimoine.
Elles seront abordées dans des situations limites pour réactiver leur
contenu et faire débat.
La deuxième partie de l’exposition s’intéressera aux structures urbaines
à partir du constat suivant : les bâtiments se renouvellent vite,
le parcellaire résiste, les tracés restent souvent inchangés.
Ces mécanismes et leurs infinies variations se tiennent au centre de
gravité de l’identité des villes, de leur culture.
Ils sont éminemment patrimoniaux et leur connaissance devrait être le
préalable à toute action.
Une action que l’on imagine tendue entre le choix d’une conservation in
extenso de l’héritage et l’hérésie de tout faire disparaître.
Pour introduire la notion de projet comme arbitre au cœur des débats,
et imaginer un patrimoine réinventé pour le futur.
En avançant encore d’un pas, on pourrait conclure par :

Le patrimoine c’est ce qui est disponible.

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Partie 1

Partie 1

Matière, forme, transformation, mémoire,
apparence, fiction. Des mots familiers mis à
l’épreuve de contextes qui ne le sont pas.
Une étrangeté pour ouvrir le sens, pour
inoculer par une série de micro-décalages
un doute dans les certitudes qui traversent
la définition du patrimoine.

Népal

Matière vivante

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Portugal

“Si nous voulons que tout reste
tel que c’est, il faut que tout change”

voir le film (durée: 13 min) >

Kazakhstan

Mémoire sans patrimoine

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Burkina Faso

Pouvoirs invisibles

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Danemark

Fictions patrimoniales

voir le film (durée: 15 min) >

les autres films

Népal Matière vivante

Pour un occidental, un arbre qui pousse dans un
temple est le signe d’un patrimoine mal entretenu.
Pourtant, l’arbre, le pipal, est sacré. Il est tout
autant sacré que l’édifice.
Parce que ce qui compte n’est pas la matière, mais
l’énergie qui la traverse et qui fait de ce lieu un
lien entre les hommes et les dieux.
C’est l’ensemble qui a valeur patrimoniale pour les
Népalais.

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les autres films

Portugal “Si nous voulons
que tout reste
tel que c’est,
il faut que tout
change”
Giuseppe Tomasi di Lampedusa

Le marché de Braga est le premier projet d’Edouardo
Souto de Moura.
Une quarantaine d’années plus tard, le bâtiment
menace de tomber en ruines.
Le Maire de la ville reste ambigu sur la possibilité de
le restaurer ou la nécessité de le raser.
Sans affect, l’architecte décide de transformer
radicalement son œuvre pour qu’elle puisse
accueillir un nouveau programme.
C’est bien après qu’il découvre dans ses carnets de
croquis de l’époque, une esquisse très proche du
projet réalisé aujourd’hui.

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les autres films

Kazakhstan Mémoire sans
patrimoine

Une cité ouvrière perdue au milieu des steppes kazakhes.
Une jeune femme retourne sur les lieux de son enfance.
Au loin, une équipe de démolition commence à effacer la
mémoire des lieux.

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Burkina Faso Pouvoirs invisibles

Le Mogho Naba, empereur des Moagas, veille sur les
coutumes. Il incarne l’unité de son peuple.
Son palais est modeste ; c’est la tradition.
Lors des audiences, le protocole est strict, truffé
d’interdits. On ne lui parle pas. Il ne nous parle pas.
Un intermédiaire fait le lien.
Le sacré maintient à distance.
On ne l’approche pas impunément. Seuls les initiés
peuvent le faire. La connaissance et les pouvoirs qui
lui sont associés ne peuvent se transmettre qu’à
ceux qui sont formés pour la recevoir.
L’héritage est immatériel, inaccessible, invisible, mais
éminemment structurant pour la vision du monde des
Moagas.

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Danemark Fictions
patrimoniales

Le centre d’Aarhus s’est doté d’un faux village édifié
avec de vraies maisons démontées
ailleurs dans le pays et reconstruites sur place.
Pour les jeunes générations de la ville, la limite entre
vrai et faux n’est plus très claire.
Pour les visiteurs non plus, après que les plus motivés
aient remonté le temps en participant
à des jeux de rôle, vêtus des habits de l’époque.
Les derniers bâtiments transplantés datent des
années 70.
Certains visiteurs atteints par la maladie d’Alzheimer
y ont retrouvé une partie de leur mémoire.
Les responsables ont réagi en passant des protocoles
avec des maisons de retraite spécialisées, sous le
contrôle d’un psychiatre chargé d’évaluer les impacts
du lieu sur les malades.
Un nouvel usage du patrimoine est né: le patrimoine
thérapeutique.

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X

Partie 2

Partie 2

Toutes ces villes, sauf Bordeaux, ont eu leur centre
détruit par la guerre, la colonisation ou une
spéculation immobilière effrénée. Emergent de ces
tables rases et de la reconstruction qui s’en suit, la
permanence des tracés de l’ancienne structure
urbaine et l’enjeu majeur que représente l’emprise
des espaces publics. Parce qu’ils sont les lieux dans
lesquels s’expriment les spécificités culturelles,
les sentiments d’identité et de continuité, et qu’ils
sont le liant de toute communauté.
Pour Bordeaux, en deçà de la permanence des tracés,
la Garonne et le réseau de drainage des terrains à
bâtir ont laissé une empreinte dans la forme urbaine
ancrant la ville dans son sol.
Au-delà de ce qui est vu, c’est-à-dire du paysage, les
cas étudiés montrent que les mécanismes d’évolution
et de transformation des villes s’ancrent dans un lieu
et dans une culture quoi qu’il arrive. Ils peuvent être
considérés comme le code génétique d’un territoire
et malgré leur abstraction, il serait pertinent de les
considérer comme patrimoniaux.

Ouagadougou

On efface tout et ça recommence

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Beyrouth

Tables rases entre orient et occident

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Dresde

La peur du vide

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Dubaï

“The only limit is the imagination”

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Rotterdam

Une modernité conservatrice

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Bordeaux

Mémoires de formes

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Ouagadougou On efface tout
et ça
recommence

La croissance de Ouagadougou pourrait se résumer à la
tentative maintes fois répétée et encore vaine aujourd’hui,
d’effacer la ville non lotie (spontanée) pour la reconstruire
sous la forme de lotissements.
La dichotomie loti/non loti révèle deux modes de gestion du
sol culturellement très différents.
Le lotissement est fondé sur la propriété privée ; la ville non
lotie repose sur une vision traditionnelle où le sol est une
propriété collective.
La puissance de l’Etat a invariablement planifié la ville par le
lotissement, malgré des régimes politiques aussi opposés que
ceux de la colonisation, de l’indépendance ou de la révolution
anti-impérialiste et panafricaine de Sankara.
La fluctuation des emprises de la ville lotie et de la ville non
lotie dit clairement l’évolution des rapports de force entre
pouvoir étatique et pouvoir coutumier.
La nouvelle politique urbaine initiée en 2006, projette de ne
plus détruire systématiquement la ville spontanée, mais de la
restructurer et de l’équiper.
C’est une faon de reconnaître l’impossibilité de neutraliser
la tradition coutumire et la nécessité d’intégrer les
mécanismes urbains qu’elle porte.

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les autres films

Beyrouth Tables rases
entre orient
et occident

Beyrouth est un lieu de conquête.
Depuis les premières implantations urbaines au IIIe millénaire
avant J.C., le centre ville s’est toujours transformé par
tables rases successives, où chaque puissance dominante a
fait disparaître la forme urbaine existante, en effaçant
tracés, parcellaire et bâtiments.
Le dernier projet de reconstruction d’un centre ville moderne
et dense n’échappe pas à la règle. Le tissu urbain déjà
partiellement détruit par la guerre civile (1975-1990) est
massivement démoli.
Ce projet a été un enjeu important pour le rétablissement de
la paix civile.
Mais la ville s’est réorganisée autour de l’ancienne ligne de
démarcation séparant chrétiens et musulmans.
Un nouveau phénomène de polarisation politico-confessionnel
a fait muter les quartiers initialement mixtes.
D’une certaine manière, l’histoire se répète encore aujourd’hui.
L’urbanisme est devenu un combat politique où chaque
communauté tente de marquer son territoire.
Beyrouth n’a pas de politique patrimoniale, parce qu’elle n’a
pas d’histoire écrite et partagée.

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les autres films

Dresde La peur du vide

Février 1945. Dresde est détruite. Le traumatisme est
profond au point que la reconstruction n’est toujours pas
achevée à ce jour.
Deux projets se sont succédé : l’un sous influence socialiste
pendant la période de la R.D.A., l’autre après la réunification
en 1990.
Le premier est un compromis entre ville patrimoniale et ville
dédiée à la construction du socialisme.
Le second substitue à la ville socialiste le modèle de la ville
européenne.
Les deux projets ont fait preuve de mémoire sélective. Ils
ont, pour des raisons idéologiques, fait disparaître ou gommé
une partie importante de l’histoire de Dresde : la "ville
bourgeoise" du XIXe siècle pour le premier, l’architecture
moderne socialiste pour le projet en cours.
Il reste une confrontation inédite des deux modèles
urbains qui ont fait l’histoire du XXe siècle: celui de la ville
hors sol et hors histoire des modernes et celui de la ville
européenne version muséale.
Cette confrontation brutale éclaire sur la part respective
d’utopie que contient chaque modèle.

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les autres films

Dubaï “The only limit
is the
imagination”

De 20 000 habitants en 1960, Dubaï est passée à 2,2 millions
en 2011.
En 2010, elle accueillait 10 000 habitants par mois.
Pour pouvoir se développer à ce rythme, elle a très tôt misé
sur les infrastructures avec un aéroport construit en 1958,
le développement de ses ports, et la mise en œuvre de réseaux
de transport performants.
Elle a aussi changé de forme urbaine, passant de la ville arabe
à une ville planifiée selon les principes du fonctionnalisme.
Ces mutations urbaines se sont accompagnées de migrations
sociales à l’intérieur même de la ville. Les populations d’immigrés
venues bâtir et faire fonctionner la nouvelle Dubaï se sont
installés dans la ville traditionnelle laissée vacante par les
Emiratis, partis pour des quartiers plus résidentiels.
Dubaï n’a pas innové dans sa forme urbaine issue du XXe siècle.
Mais elle a avalé la modernité pour la “scénariser” et la
recouvrir de kitsch.
Une nouvelle forme de patrimoine, quasi instantané, est née sur
internet avec 227 millions de vidéos postées.
Autant de regards qui se renouvellent sans cesse et s’épuisent
pour révéler la Dubaï post-moderne.

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les autres films

Rotterdam Une modernité
conservatrice

Après les bombardements du 14 mai 1940, Rotterdam a fait le
choix de construire une ville moderne pour s’adapter au
nouveau contexte mondial.
Le “Basic Plan” de l’ingénieur van Traa transforme l’urbanisme
traditionnel en une discipline scientifique.
Le projet est un programme, pas une forme urbaine.
Sur la “couche neutre” du sol, s’organisent, en deux dimensions,
les données urbaines. L’architecture s’occupe de la troisième
dimension sans contraintes formelles prédéterminées.
La ville actuelle tendue vers le skyline de New York incarne
bien cette rupture moderne.
Mais l’observation des tracés nous dit autre chose. Ils sont à
peu près les mêmes que ceux d’avant-guerre et proviennent
de la ville du XVIe siècle. La "couche neutre" ne l’est pas;
elle est chargée d’histoire. La table rase n’est que partielle.
Il faut sans doute voir dans cette attitude conservatrice
l’importance capitale que revêt l’espace public dans la culture
des Pays-Bas.
Car c’est à partir de la permanence de ce bien commun que la
modernité a pris racine à Rotterdam.

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les autres films

Bordeaux Mémoires
de formes

En deçà de ce qui est vu, c’est-à-dire du paysage, le cas de
Bordeaux montre que les mécanismes d’évolution de la forme
urbaine s’ancrent dans l’épaisseur du sol et l’histoire de ses
transformations. Le processus peut être considéré comme un élément du
“code génétique” de la ville et malgré son abstraction, il
serait pertinent de considérer cette morphogénèse comme
patrimoniale.

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Patrimoines Héritage Hérésie

Agora

Biennale architecture & urbanisme & design, Bordeaux 2012

Commissaire général : Marc Barani

Bordeaux 2030